Bonbon au coquelicot de Nemours : de 1870 à sa relance
Le bonbon au coquelicot de Nemours remonte à 1870, oublié dès les années 1930, relancé en 1996 : ce que les sources établissent, et ce qu'elles taisent.
Qui a inventé le bonbon au coquelicot ?
Selon l'office de tourisme du Pays de Nemours, le confiseur François-Étienne Desserey aurait lancé les pastilles de pétales de coquelicot en 1870. Le ministère de l'Agriculture retient la même année, sans nommer personne.
Le lieu, lui, est précis : une petite boutique de la rue de Paris, à Nemours, en Seine-et-Marne. Avant d'être un bonbon, le coquelicot servait de sirop contre la toux, et la première forme commerciale aurait été la pastille, vendue pour ses vertus supposées apaisantes. Aucune des deux pages ne cite d'archive, de registre de commerce ou de publicité d'époque pour étayer cette origine. Ces propriétés calmantes restent une croyance rapportée, pas un fait mesuré. Le bonbon que l'on connaît aujourd'hui, un rectangle rouge translucide estampillé d'une fleur, est venu plus tard, d'après le ministère. La date de ce changement de forme n'est donnée nulle part, et il vaut mieux ne pas la déduire. Entre la pastille de 1870 et le bonbon d'aujourd'hui, il manque donc un chaînon, que seule une source d'archives pourrait combler.
1930, 1996 : l'oubli puis la relance
La fabrication s'est arrêtée dans les années 1930. Pendant plus de soixante ans, il n'y a plus eu de bonbon au coquelicot à Nemours. Le ministère de l'Agriculture, dans une page publiée le 30 janvier 2020, parle d'une recette relancée dans les années 1990, sans dire par qui. L'office de tourisme est plus net : c'est en 1996 que la maison Des Lis Chocolat a remis le bonbon en fabrication, et elle reste aujourd'hui le seul producteur que sa page mentionne. Ce trou de six décennies a une conséquence. La continuité depuis 1870 est affirmée par les deux textes, mais rien n'y prouve que la recette de 1996 reprenne celle de 1870 à l'identique. Le nom, lui, est aujourd'hui une marque déposée, précise l'office de tourisme, qui ne dit pas à qui elle appartient. Ce détail compte pour qui cherche à savoir qui détient l'héritage de la recette : la page de l'office de tourisme ne reconnaît qu'un seul fabricant et affirme que ses bonbons seuls offrent cette authenticité, loin des arômes artificiels. C'est une affirmation de l'office de tourisme, pas un constat indépendant. Le ministère cite aussi Denis Jullemier, chocolatier-confiseur, qui a repris la spécialité et l'a élargie.
Deux pages, deux versions
Les deux sources ne se contredisent pas franchement, mais elles ne disent pas la même chose. Mises côte à côte, elles montrent surtout ce que chacune choisit de nommer, et ce qu'elle laisse dans l'ombre. Le tableau suivant reprend ces écarts tels que les pages les formulent, sans arbitrage de notre part.
| Point | Ministère de l'Agriculture (30 janvier 2020) | Office de tourisme (12 juin 2025) |
|---|---|---|
| Inventeur | Un confiseur de Nemours, non nommé | François-Étienne Desserey |
| Relance | Années 1990, sans précision | 1996, par Des Lis Chocolat |
| Producteur cité | Denis Jullemier | Des Lis Chocolat |
| Cueillette | 200 kg de pétales par an, deux parcelles d'environ 3 hectares | Bénévoles, champs sauvages autour de Nemours |
| Volume | Non indiqué pour les bonbons | Jusqu'à 4 tonnes de bonbons par an |
Les deux chiffres de volume ne mesurent pas la même chose : l'un compte des pétales récoltés, l'autre des bonbons produits, et aucune des deux pages ne les met en rapport. Les rapprocher serait une extrapolation. Quant à la cueillette, le ministère décrit des parcelles en friche, non traitées, que des agriculteurs laissent en accès libre au confiseur par simple entente verbale. L'office de tourisme parle de bénévoles. Les deux peuvent être vrais en même temps. Reste une question que ni l'une ni l'autre ne tranche : combien de pétales faut-il pour une fournée, et dans quelle proportion entrent-ils dans la pâte ? Le ministère donne la masse récoltée sur l'année, l'office de tourisme la production finale, et le passage de l'une à l'autre — séchage, arôme liquide, cuisson — reste dans l'atelier.
De la cueillette de mai au bonbon rouge
La récolte court de mai au début de juillet. Les cueilleurs passent entre 9 et 11 heures du matin, assez tôt pour éviter la rosée, assez tard pour devancer les insectes que la chaleur attire. Les pétales partent vite à l'atelier, où ils sont séchés ou transformés en arôme liquide, d'après le ministère. L'office de tourisme ajoute l'étape suivante : une cuisson dans des chaudrons de cuivre avec du sucre de Souppes-sur-Loing. Le goût est décrit comme doux et légèrement acidulé, proche des fruits rouges. La gamme dépasse le bonbon : sirops, liqueurs, chocolats, sucettes, limonades, vinaigre, confit. Le ministère indique que la production part surtout vers le Danemark, la Norvège et la Suède, puis l'Espagne et le Royaume-Uni, avec la Chine comme marché depuis 2015. Ces chiffres d'export ne sont pas sourcés non plus, et la page de l'office de tourisme ne les reprend pas.
